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De l'école pour tous, à l'école de tous

Voici un article qui n'a rien à voir avec l'objet de ce blog. Mais aux curieux et aux internautes réguliers de ce blog je souhaite raconter mon expérience de l'éducation démocratique qui me tient particulièrement à cœur, et à laquelle j'ai participé notamment en 2017 au sein de l'Ecole Dynamique, à Paris.

Cette découverte d'une éducation alternative a commencé en 2015, quand j'ai pris un poste d'assistant pédagogique dans un collège en Normandie. En petits groupe, j'aidais les élèves qui le souhaitaient à faire leurs devoirs. J'étais aussi très heureux de pouvoir apporter la régulation émotionnelle à certains élèves en blocages d'apprentissage.

Blocages d'apprentissages...

Je me souviendrai toujours de cette élève de 5éme qui à la suite d'une régulation émotionnelle de 30 secondes est passée d'une élève en très grandes difficultés en maths, qui a 12 ans avait autant de difficultés à faire une soustraction sur ses doigts que ma grand-mère à utiliser internet, à une personne tout à fait capable de comprendre ce que je lui expliquais et aussi apte à réaliser les exercices que les autres enfants. Ce moment a été magique. J'avais passé sur plusieurs séances au minimum 4 heures à tenter de lui expliquer, par tous les moyens à ma portée ou trouvés sur internet, l'addition de nombre de 1 à 20 pour commencer ; mais rien n'y faisait. 7+5 était aussi difficile pour elle que 7x2, ou n'importe quel calcul. Un jour où je l'ai perçue en blocage d'apprentissage, je lui ai proposé de fermer les yeux, et de me dire ce qu'il se passait dans son corps. Elle s'est exécuté devant ses copines, et m'a dit "je me sens comme dans un rêve..." (Une sensation physique courante en état d'inhibition). Je lui dis de laisser évoluer cette sensation, et de me dire quand ça évolue. 15 secondes plus tard, elle me dit que c'est parti. Elle ouvre les yeux, je lui explique à nouveau l'addition de 2 fractions, et instantanément elle réalise l'exercice comme les autres, pour la premières fois depuis 4 mois d'aide personnalisée. A la suite de ça, elle comprenait tout ce que je lui expliquais, et réalisait tous les exercices, aussi bien, voire mieux que les autres, ce qui n'était jamais arrivé depuis le début de l'année.  Ce jour là je me suis dit que j'avais peut-être sauvé une vie - au moins au niveau professionnel, en permettant à cette élève d'être à présent en capacité de comprendre au moins l'addition et la soustraction, et de poursuivre sa scolarité normalement en maths.

Et manque d'intérêt

Mais au bout de plusieurs mois, et malgré plusieurs miracles de ce type là, je trouvais que le bilan sur l'ensemble des élèves que j'accompagnais était relativement décevant. Je n'étais pas forcément un bon pédagogue au début de l'année, mais j'ai passé de nombreuses heures à me former sur internet sur les techniques d'apprentissage les plus performantes (mémorisation indexée, mind-map, passer un test plutôt que de relire le même cours une 2éme fois car la mémoire est reconstructive d'après l'excellent Mathieu Gagnon, méditation, jeux, mise en situation, positivisme : 4 remarques positives pour 1 remarque négative, je prenais aussi chez Steiner et Freinet les idées qui m'inspiraient...). Malgré ma bonne volonté, je me suis lassé d'expliquer des choses que les enfants oubliaient au plus tard 3 semaines après le contrôle, par manque d'intérêt pour la matière... Par ailleurs je trouvais dommage qu'on passe autant de temps à leur remplir la tête, alors que manifestement les enfants que je voyais en difficulté me semblaient manquer en priorité d'enthousiasme, de compétences relationnelles et de confiance en eux.
 

 

Mieux vaut une tête bien faite qu'une tête bien pleine.

Montesquieu - vers 1572

Mais qu'est-ce qu'une tête bien faite ?

Je ne regrette rien, au contraire, ma déception a été l'occasion de découvrir une autre forme d'éducation, qui me convient aujourd'hui davantage. Au passage, dans ce collège j'ai notamment vu un cancre-dur-à cuire se révéler être un petit génie du calcul mental, et prendre petit à petit confiance et plaisir à calculer plus vite que les autres, et ce fut jouissif de le voir éclore ainsi. Certes, je me gargarise d'avoir vu du génie derrière cet enfant turbulent, parce que sinon je crois que lui-même n'aurait pas remarqué ses propres capacités hors du commun, et les professeurs non-plus tellement son image de cancre lui collait à la peau. Je précise aussi que je travaillais sur moi pour avoir toujours un regard authentique et positif sur les enfants qui venaient en soutien pédagogique, et je crois avoir réussi relativement bien cette mission parce que ces enfants m'appréciaient bien.

Je ne voulais pas me contenter des quelques victoires acquises, et mi-avril je suis retourné sur internet à la recherche d'autres outils pédagogiques, c'est là que je suis tombé, en autres, sur les vidéo d'André Stern et de Ramin Faranghi :

Ces témoignages et la découverte du modèle d'éducation démocratique dit "Sudbury" en référence à la Sudbury Valley School , ont été un déclic dans ma vie, et un soulagement. Je sentais bien que toute l'énergie et l'argent que l'éducation française mettait à disposition des élèves ne me convenait pas, mais je ne savais pas quoi proposer d'autre.

J'ai l'idée qui me vient d'Albert Einstein, il me semble, que tout être humain est potentiellement un génie. Et hélas, l'image suivante résume assez bien ma pensée, sur ce que le système scolaire impose aux enfants : 

*Pour une évaluation équitable, tout le monde devra passer le même examen : monter dans cet arbre

*Pour une évaluation équitable, tout le monde devra passer le même examen : monter dans cet arbre

Suite à ces découvertes qu'un autre type d'éducation existait, bien différent de Montessori, Steiner, ou Freinet, je me suis renseigné sur la création d'une école démocratique. Et quelques mois plus tard je suis entré comme bénévole à l'Ecole Dynamique à Paris.

Cette expérience a été extra-ordinaire pour moi. Eclairante, déstabilisante, et épuisante à la fois : tout ce que j'aime !

Je ne sais pas si j'ai l'énergie de vous résumer ici comment fonctionne une école démocratique de type Subdury, d'autant que de nombreuses personnes l'ont déjà fait très bien avant moi. Je souhaitais en priorité dans cet article vous faire connaitre ce type d'éducation, qui devrait éclore encore davantage dans les années à venir, et vous inviter à vous y intéresser si ça résonne chez vous.

Pour découvrir ce type d'éducation en détails vous pourrez notamment consulter le site de l'Ecole Dynamique, ou celui de l'école de la croisée des chemins.

D'une certaine façon, la découverte de l'éducation démocratique a été un prolongement sur ce que j'ai appris de l'association TIPI sur notre capacité naturelle à réguler nos émotions. Naturellement, un enfant est enthousiaste et curieux. Et cet enthousiasme est le moteur le plus important pour apprendre et découvrir de nouvelles choses, comprendre le monde qui l'entoure, et devenir une personne bien intégré dans la société. Céline Alvarez en témoigne également d'une autre manière : quand l'enfant est laissé libre, il va beaucoup plus vite que si un adulte cherche à lui enseigner quelque chose. Et de fait, lorsqu'on laisse un enfant libre, entouré d'autres enfants dans un cadre sécure, il n'y a pas de temps perdu pour lui. Tout est source d'apprentissage. Ses interactions avec les autres autant que les moments d'ennui qui sont pour lui, comme pour nous, des moments où on fait le tri, le point, sur qui je suis et ce que je veux faire dans les minutes, les jours ou les années à venir. 

Une personne = 1 voix

Dans une école démocratique les enfants votent les règles à égalité avec les adultes. Et chacun est libre de s'intéresser ou non à cet aspect de la vie de l'école, comme dans la vraie vie des adultes où chacun est libre d'aller voter, de s'investir localement, de travailler dur pour s'offrir de belles vacances ou s'adonner à ses passions artistiques avec le minimum de ressources possibles. Cet apprentissage de la vie en collectivité me semble être un apprentissage fondamental pour devenir un citoyen qui sait vivre avec les autres. Donc je comprends que certains adultes puissent avoir peur de faire voter les enfants sur les règles de l'école, et en même temps je ne vois pas de meilleur moyen pour construire un monde où l'on sait vivre les uns avec les autres. Apprendre à négocier, argumenter, créer les règles de vie communes me semblent bien être ce qui manquent à beaucoup de jeunes en souffrances dans la société dans laquelle ils vivent, y compris les jeunes radicalisés.

L'envie d'apprendre est naturelle

L'enfant aime naturellement apprendre. Je dirais même que c'est un "monstre d'apprentissage" si on sait observer finement et précisément ce qu'il apprend au quotidien quand on le laissant interagir librement avec les autres membres de l'école, et les ressources mises à sa dispositions.

Certains inspecteurs d'académie sont mal à l'aise avec cette façon de faire. Mais heureusement d'autres comprennent parfaitement la démarche de ces nouvelles écoles qu'ils inspectent en bonne intelligence comme toutes les autres.

Mon but n'est pas que toutes les écoles deviennent des écoles démocratiques. Je ne pense pas que pour le moment ce type d'éducation soit forcément adapté à toutes les structures familiales. En effet, car quand l'enfant apprend à disposer de son temps comme il le souhaite à l'école, il vaut mieux qu'à la maison le fonctionnement aille aussi un minimum dans ce sens là, sinon l'expérience s'arrête vite à l'initiative des parent. Et toutes les familles, je le comprends, ne sont pas forcément prêtes à essayer ces règles là. Cependant j'espère que rapidement l'état français financera ces initiatives afin qu'elles ne restent pas réservées aux seules familles qui peuvent s'autoriser les frais de ces écoles, qui bien que moins couteuses dans l'absolu que les écoles du système actuel, restent intégralement à la charge des parents (compter environ 3000€ par enfant/ an pour la locations des locaux, le paiement des salaires du personnel de l'école, et les ressources de l'école)

Enfin pour finir, je souhaite rendre hommage aux personnes qui se démènent pour créer ces écoles. Car même si leur statut est souvent associatif, créer une école est  tout aussi exigeant que de créer et faire vivre une entreprise. Avec la pression supplémentaire du fait qu'ils s'occupe d'enfants. J'ai pu expérimenter au sein de l'école Dynamique un fonctionnement sans hiérarchie au niveau de la répartition des tâches, et il me semble que cette expérience a été la plus belle expérience professionnelle que j'ai vécue. Toutes les décisions concernant l'école sont prises collectivement, ce qui était vraiment stimulant à vivre. Notez qu'il est préférable d'aimer débattre pour s'épanouir dans ces structures !  Car tout fonctionne en équipe. Fini le temps où le professeur est seul maitre à bord dans sa classe. Que ce fut bon de vivre ce fonctionnement en équipe, même si nous finissions régulièrement nos réunions après 22h. Je sais que beaucoup de profs dans le système classique se plaignent de se sentir un peu seul dans leur fonction, et je comprends mieux le manque que leur position "solitaire" peu créer.

Bien sûr je salue aussi tous les profs du système classique qui galèrent à leur poste, et qui souffrent autant que certains enfants dans le carcan du système scolaire français. Je comprends que ces initiatives n'attirent pas forcément leur adhésion, car dans les écoles démocratiques il est certain qu'on n'a pas besoin d'autant de prof de maths, histoire, physique qu'en collège par exemple. Ce qui pose la question de l'évolution des fonctions des professeurs en même temps que l'évolution du système scolaire si on démocratisait ce type d'école... Je comprends donc bien que ces perspectives de changement puissent en inquiéter certains. Mais je pense très sincèrement que l'enjeu en vaut la chandelle !

 

 

 

 

 

 

 

 

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