La bienveillance

Publié par Fredou

Pourquoi parler de la bienveillance sur ce blog ?

Car je crois que la plus grande part de la souffrance psychologique vient d'un manque de bienveillance pour nous-mêmes.

Le manque de bienveillance pour nos faiblesses, nos souffrances, nos "défauts" créé pour moi la plupart des difficultés psychologiques que nous rencontrons dans notre vie.

On peut apprendre la bienveillance mais je préfère vous prévenir cela prends plusieurs mois, et même quelques années donc si vous souhaitez des solutions rapides regardez plutôt Tipi, IFS, l'EMDR... Mais je crois que la bienveillance est tout aussi importante pour nos relations avec les autres et avec nous-mêmes. D'ailleurs la pratique de l'IFS (Conflits intérieurs) nécessite une attitude bienveillante envers nos différentes parties intérieures.

On ne voit pas forcément le rapport entre la bienveillance et le bien-être. Car la bienveillance ou l'empathie se conçoit souvent envers les autres. Des personnes bienveillantes avec les autres peuvent aller mal, car elles sont parfois dures avec elles-mêmes. Et les personnes dures avec les autres sont en général bienveillantes avec elles-mêmes et ne souffrent pas psychologiquement de cette dureté extérieure.

Donc ce n'est pas la question de la bienveillance envers les autres qui m'intéresse ici, mais la bienveillance avec nous-mêmes que nous sommes plus ou moins en capacité de nous donner.

Pour guérir en utilisant la bienveillance il faut clairement faire appel à un professionnel. Je vous recommande pour cela de consulter le site internet de la CNV, même s'ils sont encore peu nombreux, ou cette liste de thérapeute.

J'ai découvert qu'il y avait des techniques pour être bienveillant comme la Communication NonViolente - (CNV) de Marshall Rosenberg ou la méthode ESPERE de Jacques Salomé, alors que je pensais que c'était inné, et que les choses étaient plus ou moins déterminées à la naissance. Ces auteurs ont vraiment été une inspiration profonde pour moi en me donnant espoir que le monde pouvait changer. Je dirais même qu'ils m'ont fait croire qu'on pouvait vivre le "Rêve Bleu" que chante Jasmine dans le dessin animé Aladdin. (Allez, cadeau ici!)

Mais cet espoir énorme s'est révélé problématique quand il a été confronté à mon intolérance vis-à-vis de mes difficultés à évoluer moi-même. Mes juges intérieurs ont été impitoyables avec la lenteur que j'avais à apprendre la bienveillance.

Je vous propose de vous parler de la bienveillance, (à la mode CNV) en essayant de vous éviter les difficultés que j'ai rencontré, car je trouve toujours aussi lumineuse la vision de cette méthode.

Je croyais que la bienveillance était utile aux autres et j'étais très motivé pour la leur apprendre. ERREUR ! DOUBLE ERREUR !

J'avais conscience que nous vivions dans une culture judéo-christiano-musulmane (et plus si affinité) qui manie la culpabilité aussi bien que le bistouri pour tenter de parfaire nos imperfections, et où les normes prennent une grande place. HOOOUUUOOUU qu'il est moche ce monde violent ! Mais je n'avais pas du tout compris que j'avais en moi les mêmes exigences, les mêmes jugements, la même dureté que le monde extérieur.

Qui n'a pas eu un jour cette phrase en tête : "Mais que je suis con(ne) ! ". Dont la tirade dramatique peut aller jusqu'à "Je suis trop nul" ou encore "je ne suis vraiment qu'une grosse merde !" Ou toutes ces phrases bien dures qu'on ne se permettrait de dire quotidiennement à personne d'autre qu'à soi-même, ou alors à des personnes très proches mais dans le cadre d'une situation de grande crise.

Bon, il m'a juste fallut 10 ans pour prendre conscience que ces petites phrases étaient du même ordre que la violence qui règne dans le monde, même si elle ne s'exerce pas de la même manière, et que c'est précisément ces juges et cette violence intérieure qui me maintenait en dépression. Car un conflit explosait en moi en croyant notamment que je ne devais pas avoir de jugements, ce qui amplifiait le conflit intérieur.

Alors je veux transmettre cette expérience : oui, il y a des méthodes qui permettent de changer notre relation à soi, et aux autres, mais il nous faudra surtout de la bienveillance pour accepter le temps nécessaire à nos apprentissages.

Toute notre vie nous aurons encore ces jugements et ces petites phrases mesquines sur nous-mêmes et les autres. Cela ne changera pratiquement pas. Donc ça ne sert à rien de s'en vouloir d'avoir des pensées malsaines, égoïstes, ou méchantes. La bienveillance ne se trouve pas à ce stade là. Je dirais que la bienveillance intervient après ce stade : c'est choisir d'aller chercher ce qui est vraiment vital, c'est à dire les besoins, et qui se trouve derrière les jugements, les critiques, la peur, la colère et toutes nos émotions.

Comment devenir bienveillant ?

Etre bienveillant, c'est se mettre en lien avec les besoins d'une personne ou de nous-mêmes.

Les besoins sont universels, enfin je le crois (sécurité, nourriture, joie, paix, apprentissage, jeu, évolution etc.. ). Pourtant, je me suis souvent pris la tête avec d'autres personnes. Mais après un temps d'échec du dialogue "ping-pong" j'ai toujours pu constater que ses besoins étaient communs aux miens, simplement nous n'avions pas les mêmes stratégies pour les satisfaire. Si je reste au niveau des stratégies de chacun, des jugements, des pensées de l'autre, je peux me sentir en danger, penser que l'autre veut me "chasser" de son environnement. Mais si je vois l'autre au niveau de ses besoins, même la pire des crapules, je le vois forcément comme un être humain. C'est ce que l'on appelle l'empathie. Cette capacité à se mettre à la place de l'autre, car il nous ressemble d'un certain point de vue, même si on trouve ses mots ou ses actions scandaleuses.

Au départ, la Communication Non Violente m'a appris trois nouvelles croyances sur les personnes et sur la vie : "Nous confondons souvent les observations et les interprétations ou jugements, et ceci envenime le dialogue", "Nous avons tous les mêmes besoins à l'origine de nos actions", et enfin "je suis responsable de mes sentiments, car ils sont l'expression de mes propres besoins" ce qu'on peut exprimer par :"j'ai toujours la possibilité d'avoir du pouvoir sur mes sentiments et mon bien être en prenant soin de mes besoins". Je crois qu'on peut résumer la bienveillance à ces quelques croyances. (Je dis "croyances" car longtemps elle m'ont semblé être la vérité sur l'être humain, mais cela me mettait en opposition avec des personnes qui pourraient ne pas partager cette vérité. Alors maintenant j'admets que ce ne sont que des croyances, et je les nomme ainsi : des croyances qui rendent heureux et coopératif).

Si vous m'avez suivi jusque là, vous trouvez probablement ce que je dis nouveau et intéressant, mais pas forcément "révolutionnaire". Pourtant intégrer ces quelques croyances nouvelles occasionne souvent une révolution à l'intérieur de nous-même. Je parle pour moi, mais aussi pour les personnes qui apprennent la CNV et que j'ai cotoyé en groupe de pratique ou dans les formations que j'ai suivies.

Très vite j'ai eu des problèmes de cohérence avec moi-même, car ces nouvelles croyances, sont entrées en conflits avec mes autres croyances. A la fois, je peux vouloir plus de paix pour l'humanité, mais au moment présent, je peux surtout avoir envie de passer avant les autres car je me représente le monde comme une jungle. Et du coup je ne savais plus comment agir. Quand j'avais des jugements sur les autres, alors je me mettais à en avoir sur moi-même, car je me disais que je n'appliquais "pas bien la CNV". Parler ou être écouté avec bienveillance fait un bien fou, comme on le découvre en formation. Mais du coup, les personnes qui apprennent la CNV, deviennent souvent des tyrans en voulant que tout le monde se mette à parler et à écouter comme les formateurs CNV les ont écoutés pendant un stage, comme on peut devenir amoureux de son psy car il nous offre un espace d'écoute immense, comme aucune autre personne, évidemment car les autres ne sont pas payés pour nous écouter...

Les mots sont des fenêtres... Introduction à la Communication Non Violente, de Marshall Rosenberg.

Les mots sont des fenêtres... Introduction à la Communication Non Violente, de Marshall Rosenberg.

Quelque soit la manière dont vous aurez envie d'améliorer votre bienveillance, je vous souhaite de le faire avec bienveillance ! Avec bienveillance avec votre enfant intérieur qui voudra faire les choses parfaitement et qui n'y arrivera pas. Avec bienveillance avec cette part de vous qui sera découragée car vous ne vous sentirez pas capable d'y arriver et qui se dévalorisera en réalisant qu'elle manque de bienveillance, ou encore avec bienveillance pour cette part de vous-même qui réalisera peut être qu'elle vit sans aucune bienveillance pour les autres depuis des années mais qu'il lui semble impossible de changer de voie tellement tout son univers est rempli de personnes très peu bienveillantes, ou encore avec bienveillance pour cette part de vous qui estimera qu'elle n'a rien à apprendre sur la bienveillance car ce sont les autres qui manquent de bienveillance et qui refusera de regarder la part de responsabilité qu'elle a dans les échecs de sa vie en remettant toute la faute sur les autres.

La découverte de M. Rosenberg c'est qu'en allant chercher les besoins qui sont à l'origine de nos sentiments, on trouve de l'apaisement. Selon les situations, cela peut demander de 10 à 45 minutes. Mais systématiquement on trouve de l'apaisement à raisonner ainsi, car on élargit les moyens d'agir pour notre bien-être. C'est une méthode qui ouvrir notre champ de vision à l'univers des possibles plutôt que de rester dans l'impuissance à changer l'autre ou nous blâmer. Cerner nos besoins permet d'élargir le champ des solutions pour les satisfaire.

Cette bienveillance on peut l'avoir pour les autres, mais je crois qu'il est primordial d'apprendre à l'avoir pour soi si vous m'avez suivi jusqu'ici ! Savoir quels sont nos propres besoins n'est pas évident du tout comme le souligne avec "indignation" Jacques Salomé dans cette vidéo. Et quand nos besoins ne sont pas entendus, y compris par nous-mêmes, nous passons à la violence (qui peut s'exprimer par du mépris, faire la leçon aux autres, choisir à leur place... et pas uniquement par des injures ou des coups)

En pratique, je pense que nous devons apprendre, et moi-même je continue à y travailler, à mieux identifier nos besoins, et nos peurs. Si nous faisons cela avec nous-mêmes, nous serons plus opérationnels pour le faire avec les autres, et participer ainsi à un monde bienveillant. Je crois qu'il est nécessaire de s'entrainer à plusieurs pour trouver le "déclic" de la satisfaction de cerner un de nos besoins en souffrance.

Un autre exercice, consiste à regarder les faits, et les confronter à "l'histoire que nous nous racontons" sur ces faits (interprétations, jugements sur nous-même ou sur les autres etc...) est un moyen extra-ordinaire pour retrouver de la sérénité, comme me l'a appris Isabelle Padovani dont je recommande le site, et la page Facebook.

Je vous propose pour cela de vous rapprocher d'un groupe de pratique CNV qui sont généralement gratuit (mais il sera pratique d'avoir lu auparavant un livre sur la Communication Non Violente)

La bienveillance envers son passé

Dans certains cas, on peut aller très mal, à partir d'un événement où l'on s'est déçu soi-même, et on n'arrive pas à se pardonner nos choix, ni à évacuer une énorme honte ou encore de la culpabilité.
On croit que c'est en s'en voulant qu'on va changer les choses. Mais c'est un mythe ! La culpabilité nous ralentit en mettant "la pression" sur notre mental. Ralentir est bien un mécanisme utile à la prudence comme je le disais plus haut. Mais si nous n'apprenons pas à savoir pourquoi nous agissons/avons agi de telle ou telle façon, on ne risque pas de s'améliorer la prochaine fois.

Il faut pour cela connaitre les besoins qui nous ont amené à faire cette bêtise, avant qu'on réalise que c'était une erreur. Ne pas regarder uniquement notre erreur, mais un petit peu avant, pour voir les besoins qu'on voulait satisfaire à ce moment là.
Je crois qu'on fait toujours les choses pour satisfaire un besoin, même les conneries. Besoin d'exister, de vivre, de survivre, de sécurité, d'être reconnu par les autres, d'être aimé...

Et pour être sûr de ne pas recommencer une erreur, il faut se demander "Comment pourrais-je satisfaire ces besoins-là à l'avenir". Si l'on trouve un meilleur moyen de les satisfaire, un soulagement va s'opérer en nous, parce qu'on sait qu'on ne recommencera pas les mêmes erreurs. Ca n'empêche pas de s'excuser auprès des personnes qu'on a éventuellement blessé ou "négligé". Mais si on n'est pas conscient de ce qui nous a poussé à "mal agir", il est probable que nous recommencerons les mêmes erreurs, et que nos excuses présentées ne seront que du vent (des vents pieux ? ;-) ).
Si vous avez des regrets envers des événements de votre passé et que vous ne vous dites pas : "quoi que j'aie fait, j'ai fait le mieux que je pensais à l'époque!" c'est que vous relisez l'histoire avec vos yeux d'aujourd'hui, pas avec vos yeux et vos pensées que vous aviez avant de faire votre ''connerie". Et que très probablement, vous n'êtes pas sûr de ne pas recommencer les mêmes erreurs à l'avenir, car vous ne savez pas pourquoi vous avez agi ainsi... N'hésitez pas à relire avec bienveillance tous les événements de votre passé.

(Remerciement à Fabrice G. pour l'aide qu'il m'a apporté à ce sujet en particulier, mais aussi à toutes les personnes bienveillantes)